les châteaux & maisons fortes de toulaud



La commune de TOULAUD est très étendue, plus de 3473 hectares. Son paysage est donc varié avec une grande plaine agricole sur la façade rhodanienne et une zone plus montagneuse au-delà du village. Cette diversité et sa vocation rurale ont fait de Toulaud à la fois un lieu de passage et de repli voire de retraite entre la vallée du Rhône et le Vivarais, et un lieu riche, convoité qu'il fallait préserver. Ce fut aussi un ancien lieu de passage du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle qui reliait Genève au Puy. Ces terres, sur l'ancien lit du Rhône, étaient parsemées de châteaux et de maisons fortifiées propriétés de petits seigneurs tous dépendants des puissants maîtres de Crussol. Certaines de ces places, situées entre Crussol et St Marcel de Crussol*, ont abrité des familles célèbres qui jouèrent un rôle dans l'histoire régionale. Meyret et les Fonts d'un côté, Mirabel et Cheylus de l'autre. D'autres lieux ont sans doute jouer un rôle également, cependant nous manquons d'éléments et d'informations sur les familles qui les ont occupés et sur leurs actions.

* Saint-Marcel-de-Crussol vient de la réunification des paroisses de St Marcel et de St Georges sur ordonnance royale en 1825, en 1860 cette commune pris le nom de St Georges les Bains
le château de meyret

Il fut la propriété de la famille de Merez* jusqu'au milieu du XVIème, la famille connaît alors de graves difficultés financières les obligeant à vendre le château. Si on en croit l'armorial du Vivarais de Benoît d'Entrevaux, la famille est connue dès 1248. Un peu plus tard, Jean de Mèrez accompagna le seigneur de Crussol à la croisade en qualité de  cranequinier **.

On retrouve des actes passés par Gonon de Mèrez en 1378, puis par Jean de Mèrez en 1422. Ce fut un autre Jean de Mèrez en 1545 qui passa acte de vente du château ; la famille de Mèrez est alors ruinée. Son fils Bertrand, faute de moyens, dût abandonner ses études et fut contraint de travailler. Il épousa tout de même Justine Joubert, fille d'un important notable Valentinois. Salomon I de Mèrez, fils unique de Bertrand, épousa le 11 octobre 1611 Jeanne de Serres, la fille de Jean, docteur en théologie et historiographe du roi Henri IV, frère du célèbre Olivier de Serres, père de l'agronomie. La famille se dispersa par la suite. Le château, lui, est toujours là.

Idéalement placé avec une vue sur la plaine du Mialan ainsi que sur le village de Toulaud, il semble encore veiller sur les alentours. Les deux tours rondes du château sont parfaitement conservées.

* sur certains écris on peut lire aussi : de Mèretz
** Le cranequinier était un arbalétrier muni d'une arme dont l'arc nécessite un appareil puissant et mobile pour le tendre. Les cranequiniers servaient à pied ou à cheval selon le moyen de tension utilisé.
le château des fonts
chateau des fonts
Le vieux mot de "fonts" vient du latin fons qui désigne, en même temps que la source, le dieu qui habite celle-ci... Pour certains donc, le nom de fons (fonts ou fonds) vient de ce dieu romain des sources des puits et des fontaines, pour d'autres ce n'est simplement qu'un lieu lointain et en contrebas (fond).

Le château fut la propriété de la grande famille GALBERT, originaire du Dauphiné, jusqu'à la fin du XVIIème où des revers de fortune obligèrent la famille à quitter sa demeure. Vers 1600 vivait Noble Antoine de Galbert seigneur des Fonts ; il avait épousé Marguerite de Gilbert de Verdun. Ils eurent 3 enfants tous mariés dans la noblesse régionale.
- Catherine, qui épousa vers 1650 Alexandre de Brenas, sieur de Carret et coseigneur d'Orriol. Tiré des cahiers de la noblesse de la sénéchaussée de Villeneuve-de-Berg de Raymond de Gigord.
- Olympe, mariée à noble Barthelemy Crottier des Mares.
- Antoine de Galbert qui garda le titre de seigneur des fonts.

Plus tard en 1686, une des filles d'Antoine, prénommée Marguerite-Alexandrine, épousa Louis Josserand de la Garde alors capitaine au régiment royal, qui devint par la même propriétaire du château des Fonts.

Une fille Josserand de la Garde, Françoise-Olympe, fit du reste un beau mariage en épousant à Saint-Péray en 1725, Paul-Philippe Gray de Malmedy, originaire de Moselle, alors lieutenant colonel et chevalier de Saint Louis *. Nous retrouvons dans les registres paroissiaux catholiques de Toulaud le mariage d'une Isabeau Galbert (sans doute la sœur de Marguerite Alexandrine évoquée plus haut) avec Jean-Antoine De Geys le 24 avril 1690. Après les Galbert puis les Josserand, le château fut occupé par des familles plus modestes, il n'a malheureusement plus aujourd'hui son élégance et son rayonnement d'antan.

*L'ordre de Saint-Louis a été créé en avril 1693, par Louis XIV pour récompenser les officiers de ses troupes et leur donner une distinction particulière.
la maison de mirable
chateau des fonts
Le Château de Mirabel, situé dans la plaine de Toulaud, est aujourd'hui sur le territoire de la commune de Charmes. Ses occupants sont venus de Toulaud en 1622 pour se réfugier dans cette ferme leur appartenant. La légende raconte qu'ils durent, pour se soustraire à l'assaillant, emprunter un souterrain qui partait du château pour déboucher dans un jardin de la plaine. Ils fuyaient les troupes royales de Louis XIII commandées par Montmorancy qui, revenant du siège de Privas, mena la vie dure aux habitants des fiefs protestants comme l'était Toulaud au XVIIème.

Il y avait à cette époque deux tours, vestiges d'un château ou maison fortifiée certainement déjà détruite depuis longtemps. On sait que c'est Emmanuel de Crussol qui inféoda* vers 1550 la ruine d'une des deux tours de Toulaud à noble Mathieu d'Audemard de Charmes, oncle de Jeanne de la Seauve, elle-même fille de noble Abel de la Seauve bailli du comté de Crussol.

De 1622, date à laquelle les d'Audemard vinrent habiter Mirabel à 1842, la propriété de Mirabel a été transmise de père en fils sans jamais être vendue. Le dernier d'Audemard, propriétaire de Mirabel, fut Louis Esprit. Il maria en 1830 une de ses filles, Olympe d'Audemard, avec Louis Georges Vasseur. Élu député, il fut représentant de l'Ardèche à l'assemblée législative de 1849 à 1851, année de sa mort. La famille fit également alliance avec les Bénéfice de Tataillon, les Ithier de Georand, les D'Aguesseau ou encore les De Cheylus et la famille Faurie-Chambaud. Le blason de cette famille originaire du Languedoc est encore visible, gravé sur un mur extérieur coté sud de Mirabel.

*mis sous la dépendance et l'autorité
la maison de cheylus
chateau des fonts

La famille De Cheylus est connue pour être une très vieille famille noble du Vivarais. La première trace de la famille De Cheylus remonte à 1333, si on en croit Raymond de Gigord. Un acte notarial est en effet passé la veille de Noël à Privas par Bertrand De Cheylus avec Lancelot Bernard écuyer.

Cette famille avait son château près de Privas, elle avait de nombreuses possessions, terres et demeures dans la région de Chomérac, de Saint-Lager-Bressac, de Rochemaure et de Toulaud.

Cette famille fit alliance au gré des mariages avec les De Benefice, les Mirabel, les Chambaud, les Bernard, les Tataillon et bien d'autres encore. Cette maison passa tour à tour des de Cheylus aux de Bénéfice puis aux Chambaud, seigneurs de Saint-Lager-de-Bressac. La maison, au bord de L'Embroye a conservé son aspect de petite forteresse, encore en bon état ; une de ses tours est toujours visible au couchant.
Ces informations sont issues de textes et d'archives diverses, elles n'engagent que son auteur.
Texte : Christian Audemard
Photos : Martine Michel