un lieu chargé d’histoire : la ferme de juventin



Commune étendue sur plus de 3400 hectares, Toulaud n'est pas seulement un havre de paix pour les parcours pédestres ou les cueillettes automnales, il est aussi le lieu choisi par le ministère de la défense dans les années soixante pour y établir un camp militaire. Extension de la caserne de Spahis, il sert de lieu d'entraînement aux militaires du 1er régiment basé à Valence, qui se retrouvent régulièrement dans ce lieu isolé, calme et propice à l'approfondissement des bases du métier des armées. Cet espace d'environ 550 hectares comprend une bâtisse rénovée, chargée d'histoir, et ses alentours (bois, pistes) dédiés à leurs activités saisonnières sur le versant boisé de la vallée du Mialan.








Composé d'une habitation appartenant à Ferdinand Janvier, exploitant forestier dans les années quarante, la Ferme de Juventin connut dès le début de la guerre son heure de gloire comme on a pu le constater dans les récits historiques des faits de guerre : “La ferme de JUVENTIN dans les montagnes ardéchoises avait été cernée par la Milice ; des "réfractaires" au STO, des fermiers traqués à TOULAUD, 24 heures sous des fagots…dont parmi eux Pierre Perrier, sa femme et leurs deux enfants ainsi que deux ouvriers agricoles Joseph Gachet et René Vialle, et, retranché dans un coin, un maquisard souffrant, André Paquien, qui seront interrogés à tour de rôle par les Allemands et frappés à coup de crosse car ils n'avaient pas répondu à la question de l'ennemi : Où sont les terroristes ?”. Trois d’entre eux (Pierre Perrier, René Vialle et André Paquien) paieront leur silence au prix fort : ils seront fusillés le 8 Mars 1944.

Résistant local, Ferdinand Janvier avait transformé sa ferme en maquis-refuge pour de jeunes résistants qui y séjournaient en toute quiétude et qui au moment opportun pouvaient s'échapper comme le précisera plus tard Raoul Galataud dans son ouvrage* « Au milieu d'une étoile de sentiers conduisant soit vers le plateau par Boffres ou Ponsaye, soit vers la vallée du Rhône, par Tracol, Biguet, Tourtousse ou Saint-Péray... ».

Réputée, cette place forte de la résistance a détenu le record de longévité par les maquisards qui ont pu mener leurs opérations de guérilla sans réveiller les soupçons des assaillants.

Après la guerre, les grands chantiers de la reconstruction, dans un contexte d'explosion démographique et en l'absence de protection sociale, comprennent la prise en charge des problèmes liés à la jeunesse qui incombent à l'Assistance Publique. Parmi de multiples missions, elle s'occupe de la gestion des "enfants trouvés" (pupilles de l'état) d'après guerre, livrés à eux-même qui monopolise la réflexion des hommes politiques. A l'issue de ce débat, le programme proposé est la création de "maisons de réadaptation à la vie sociale" pour leur offrir un avenir. Naturellement "La ferme du Juventin " deviendra l'un de ces centres d'accueil.

Rachetée dans les années cinquante par la société Berliet de Lyon, la bâtisse prend alors une orientation plus distrayante et se transforme en un centre de vacances et de loisirs où la progéniture ouvrière vient séjourner quelques semaines. Loin de la grande ville et de ses nouvelles H.L.M érigées comme des champignons, cette jeunesse est confrontée à une nature hostile mais généreuse qui l'emporte le temps d'un été sur des sentiers battus où le passage furtif d'un daim n'est pas l'image virtuelle d'un Walt Disney.

Dix années plus tard, la société lyonnaise souhaitant se développer et pour faire suite à une proposition du ministère des armées de l'époque, revendra son centre de vacances pour se donner les moyens d’investir à l'étranger. L'endroit ayant une faible superficie pour les activités prévues, l'armée rachètera aux propriétaires limitrophes quelques parcelles pour disposer de 546 hectares qui définissent encore aujourd'hui le camp militaire. Au milieu trône toujours la ferme de Juventin réhabilitée avec soin et qui peut accueillir une centaine de personnes. Disposant de cuisines rénovées en 2006, alimentée en eau par une source et une citerne de 100 m3, principalement dévolue à la sécurité incendie en été, elle est le centre névralgique des opérations des Spahis. En permanence la sécurité du site et l'entretien quotidien des locaux sont assurés par deux garde-ferme

Evidemment les militaires du 1er régiment de spahis ne "font pas de char", autour de cette ferme car l'état et la praticabilité des routes ne le permettent pas. Mais à chaque intervention, ils découvrent ou redécouvrent le combat à pied et la rusticité de la vie sur le terrain. Les nombreux chemins forestiers qui la bordent sont en adéquation avec les exercices militaires répétés. Dans le foisonnement des bois qui recèlent de nombreux trous "de combat" les soldats se terrent et apprennent à observer sans être vus durant les entraînements. La proximité du champ de tir de Toulaud, accessible depuis Juventin par une piste appelée "HO-CHI-MINH" est un atout majeur de la ferme. Enfin, il n'est pas rare de découvrir sur la route d'accès à JUVENTIN un point de contrôle, car les spahis sont amenés, lors des opérations intérieures ou extérieures, à mener de telles actions de protection et de sûreté. La ferme est donc le lieu privilégié de l'instruction au 1er régiment de spahis, mais aussi un endroit de cohésion, et de souvenir puisqu'une stèle y commémore le sacrifice de nos anciens tombés pendant la seconde guerre mondiale.
* "La résistance en Ardèche" de Raoul Galataud (Maquis FTP de la Vallée du Rhône)