Toulaud, Fief Protestant



En octobre 1685, l’édit de Nantes est révoqué par le roi louis XIV, les protestants perdent la liberté de culte. Dès 1670, les cultes sont interdits. Les rassemblements de protestants et ceux qui ont choisi de rester fidèles aux idées de la reforme doivent vivre leur foi dans la clandestinité. Des assemblées ont lieu en peu partout en Vivarais rassemblant les fidèles venus écouter les prêches des pasteurs itinérants appelés aussi ministre des cultes. Ces assemblées clandestines à Toulaud se tiennent principalement dans la montagne avec toujours à l’esprit la hantise de se faire arrêter et emprisonner par les autorités. Le pasteur Isaac Homel passe outre et 900 personnes se réunissent le 18 juillet sous un ormeau. Il est roué de coups et décédera place des graviers à Tournon.


De nombreux protestants se reconvertissent plus ou moins sous la contrainte, certains s’exilent vers la Suisse, l’Allemagne, les Pays-Bas. Entre le 4 et le 26 octobre 1685, pas moins de 556 conversions sont enregistrées par l’Abbé BOUCHARDON curé de Toulaud. Dans plusieurs de ces actes de conversion ou abjuration il est fait mention de la présence d’officiers ou de militaires du régiment des dragons du roi en qualité de témoins. Certains font de la résistance comme Jérôme BRET, cordonnier établi à Genève.

Pour le Vivarais, la population protestante est estimée à 16% (34073 habitants). Durant l’été 1686 commence la période du Désert avec ses prédicateurs (les frères Duplantier notables, drapiers de profession), ses assemblées secrètes (Serre de Rome, les Bernards, La grande fontaine) jusqu’à la promulgation de l’édit de tolérance de Versailles promulgué en 1787. La population protestante est réduite à 48 feux (195 habitants) contre 95 feux pour les catholiques (380 habitants) en lien avec le contexte politique de l’année 1732.

En 1745 au cours d’une assemblée comprenant plus de 1000 protestants qui se tenait à la Seauve hameau de la montagne de Toulaud et présidée par le ministre Dubesset, le sieur Jean D’Audemard seigneur de Mirable, noble à Toulaud fut arrêté et emprisonné plusieurs mois dans la prison de Beauregard à St Péray pour avoir demandé au valet du curé de Bruzac venu en curiosité, d’ôter son chapeau pendant les prières. Les percussions s’essoufflent dès 1760, les assemblées peuvent se tenir de jour mais les pasteurs restent prudents et se fixe cinq secteurs vivarois. À Toulaud, elles se tiennent à Sarzier dès 1786 avec le pasteur qui réside à Boffres, Pierre Astier qui décide d’accorder beaucoup de temps « à l’instruction de la jeunesse qui par les malheurs du temps a été fort négligée ». Après cette période longue de près d’un siècle, l’édit de Tolérance de 1787 et la révolution redonne aux protestants leurs libertés. À Toulaud comme dans d’autres lieux, le culte protestant fut célébré dans l'église de Toulaud simultanément avec le culte catholique. Mais le 14 germinal an XI, le préfet fait savoir au maire de Toulaud que la loi de germinal an X s'oppose à la pratique du culte protestant dans une église consacrée au culte catholique.

Les statistiques religieuses rapportent qu’en 1791, la population de la commune se compose 1007 protestants ou non croyants sur 1655 habitants. Dès 1807 les protestants de Toulaud songent à construire un temple. Un temps envisagé à Charmes, le temple sera construit à Toulaud au levant dans les hauteurs sur une terre donnée par un fidèle M. Gourdol (bien que certains aient préféré au bas du village au lieu-dit « La croix »). Le projet se concrétise en 1819 grâce au gouvernement de Louis XVIII qui accorde 3000F, les toulaudains 6361,25F et l’aide du Pasteur Astier pour 359,15F qui financeront sa construction qui fut inauguré le 12 octobre 1823. Le jour du culte de son inauguration, les bancs disposés en gradins autour de la chair s’effondrent car il y a trop de monde, sans causer de victimes. Un banquet est servi ensuite à la mairie pour les conseillers municipaux et presbytéraux. De cet édifice très sobre comme tous les temples protestants, construit avec des pierres de l’ancien « château » grâce à des souscriptions locales, on remarquera la porte métallique orné de 4 anges.


Les pasteurs du XIXème et XXème siècle
Le pasteur Pierre ASTIER (plaque au-dessus de la porte extérieure du temple) est né le 9 février 1755 à Saint-Agrève et meurt d’une crise cardiaque sur les marches de la chaire du temple de Saint-Laurent du Pape. Il a fait ses études à Lausanne et dès 1786 il devient pasteur au Désert. En 1803 il est nommé par le 1er Consul, pasteur pour les sections de charmes, Soyons, Saint-Péray, Bruzac et Toulaud.

Le pasteur Paul VAISSETTE lui succéda de 1839 à 1844 et partit rapidement à Saint-Péray

Le pasteur Frédéric ROUSTAIN du quartier Peyrache qui a fait ses études à Genève est nommé sur l’empressement des anciens toulaudains jusqu’en 1899. Zélé et bon administrateur, il préside le consistoire de Saint-Péray et devient secrétaire du colloque de l’Ardèche et de la mission intérieure Drôme-Ardèche.

Le pasteur Charles SERFASS le remplace de 1900 à 1906 et il est le 1er en France a créer un journal paroissial. Avant de partir pour Stockholm, il fait construire le presbytère après un emprunt de 8731F. Sous son ministère a lieu la consécration du pasteur Jacques BOSC, né à Toulaud le 28 mars 1874.

Le pasteur Emile GIRARDIN est le premier pasteur après la loi de séparation en 1906. L’exode rural s’accélère, les enfants vont travailler à Valence et l’absence de paroissiens réduit les finances. La population tombe à 1267 habitants et les mariages « mixtes » tournent à l’avantage des catholiques. Le pasteur annonce son départ pour Beaumont les valence en 1912.

Le pasteur Alfred PELOUX voit le tourbillon de la 1ère guerre s’abattre sur la paroisse avec la mobilisation des plus jeunes. Les familles protestantes sont décimées et même lui doit partir dans les tranchées. Au début des années 20, il y a à peine 1000 habitants et six cent cinquante d’entre eux sont protestants.

Le pasteur Emile JONAC le remplace en constatant des finances exsangue. Des cartes de cotisation sont mises en place jusqu’en 1925 pour entreprendre des travaux de rénovation. Le toit est refait et les voûtes sont blanchies. Le 26 septembre 1926 dans la plus grande allégresse, le centenaire est fêté. Puis dans les années 30, l’électricité est offerte par un paroissien et reçoit d’un fidèle un poêle. Les baptêmes des communes Soyons, Charmes et Saint-Georges les bains sont assurés par le pasteur au temple. M. JONAC héritera en 1931 du domaine du Chatelon (legs de Mme PASSAS) et pour faire taire les rumeurs, il en fait bénéficier les conseillers presbytéraux qui s’occupent du fermage pour renflouer les caisses. L’église reformée de France qui vient de tenir un synode reçoit l’adhésion de la paroisse de Toulaud. La guerre revenue fait 44 victimes parmi les fidèles et le dépeuplement se poursuit. En 1945 le pasteur JONAC démissionne.

Le pasteur JOSSELIN à son arrivée entreprend des réformes : création d’une étude biblique, d’un club de couture, réorganisation de la bibliothèque, culte missionnaire mensuel, assiduité obligatoire et examen de fin d’année pour le catéchisme, création d’une fête en août. Il se rend à Paris en 1948 pour subir des examens médicaux et y meurt quelques jours plus tard.

Le pasteur Jacques DE SCHEPPER ouvre les portes du conseil presbytéral à deux femmes. L’exode rural reprend, il n’y a plus que 500 protestants recensés. Il part pour cambrai en 1954.

Le pasteur Henry ESTOPPEY arrive de Intres ou il a caché des juifs pendant la seconde guerre mondiale. Il essaie de maintenir les veillées (La Faurie, Tracol, fosse) et les fêtes. Le temple se vide, les paroissiens vieillissent et les jeunes partent travailler à la ville dans les années 60.

Le pasteur Aimé BONJOUR qui vient de Beaufort sur Gervanne est plein d’entrain en 1963 car la paroisse doit se réveiller pour conserver pour poste. Un sursaut a lieu de courte durée et les instances régionales décident d’un regroupement avec Saint-Péray. Dernier pasteur de la commune, il prendra sa retraite bien méritée en 1973.
Huguenot : surnom donné par les catholiques aux protestants calvinistes.